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BCE : en raison des nombreuses sources d’incertitude, le début des hausses de taux d’intérêt est reporté à plus loin

Le 06/06/2019 à 17:33 par Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins,

La BCE a revu à la hausse ses prévisions de croissance économique pour l’année 2019 alors que le premier trimestre s’est avéré un peu plus fort que prévu. Une croissance plus faible est cependant attendue au cours des prochains trimestres. Pour les années 2020 et 2021, les prévisions pour la croissance économique ont été révisées à la baisse par rapport à celles publiées en mars. 

Bien que la zone euro ne soit pas encore visée directement par des tarifs douaniers américains, les conséquences sur son économie se font ressentir par le biais d’une diminution du commerce mondial, laquelle affecte principalement le secteur manufacturier.
Tout n’est cependant pas sombre. La BCE se réjouit de l’amélioration du marché de l’emploi, avec un taux de chômage s’approchant du creux ayant précédé la crise financière de 2008‑2009.
Les salaires sont également en hausse, ce qui constitue un élément favorable pour l’évolution future de l’inflation, laquelle devrait toutefois demeurer sous la cible officielle de la BCE au cours des prochaines années. 

Peu d’analystes pouvaient encore croire que la BCE allait débuter ses hausses de taux d’intérêt au début de l’an prochain. Le nouveau report de six mois du début anticipé du resserrement apparaît tout à fait normal étant donné les risques en présence et l’évolution attendue de l’économie et de l’inflation. Cela dit, la BCE aurait très bien pu repousser cette échéance à la fin de l’an prochain. Dans un contexte où des baisses de taux d’intérêt sont de plus en plus anticipées par les marchés financiers aux États-Unis et dans d’autres pays, les débats portent moins sur le moment du début du resserrement monétaire, mais plutôt sur le début d’un nouveau cycle d’assouplissement. À cet égard, la BCE ne ferme pas la porte à des baisses de taux d’intérêt ou à des achats d’actifs. La marge de manœuvre ne semble toutefois pas très grande alors qu’amener les taux d’intérêt plus profondément en territoire négatif pourrait finalement faire plus de mal que de bien.

L’euro s’est légèrement apprécié après la décision de politique monétaire rendue par la BCE et la conférence de presse de Mario Draghi. Les marchés prennent peut-être conscience du fait que la BCE ne pourrait pas suivre autant la Réserve fédérale dans un éventuel nouveau cycle d’assouplissement monétaire. Qui plus est, il faudra vraisemblablement que la situation économique se détériore de façon importante pour pousser la BCE à intervenir avec une baisse de taux ou des achats d’actifs, ce que nous ne prévoyons pas pour l’instant.